Au XIXĂšme siĂšcle, le transport a connu une mutation importante et un fort dĂ©veloppement avec lâarrivĂ©e du train. Lâinstallation de la voie ferrĂ©e sur le territoire de la commune de Franois a eu un impact visuel, social avec la venue de nouvelles familles et Ă©conomique en facilitant les dĂ©placements et le commerce.
Ă partir de documents publics, tels que les archives municipales, les archives dĂ©partementales et autres citĂ©s en fin dâarticle, nous avons essayĂ© de reconstituer l’histoire des lignes de chemin de fer qui desservent Franois.
Les délibérations du Conseil Municipal :
Si aujourdâhui elles sont prises Ă la suite dâune dĂ©cision et envoyĂ©es Ă la prĂ©fecture au contrĂŽle de lĂ©galitĂ©, hier la situation Ă©tait diffĂ©rente : le projet Ă©tait soumis au PrĂ©fet et ensuite la dĂ©libĂ©ration prise.
Pour se situer dans lâhistoire des chemins de fer :
Le premier chemin de fer français a Ă©tĂ© construit et mis en service en 1827, sous le rĂšgne de Charles X, entre Saint-Etienne et AndrĂ©zieux, ancien port de Saint- Ătienne sur la Loire. Il faisait 18 km de long. Les wagonnets Ă©taient tirĂ©s par des chevaux, pour le transport de houille essentiellement. Les rails Ă©taient en fonte.
En 1831, apparaĂźt la premiĂšre locomotive Ă vapeur. Ainsi commence le transport de voyageurs.
En Angleterre, dĂšs 1802, un premier chemin de fer a Ă©tĂ© ouvert au public. La premiĂšre locomotive Ă vapeur date de 1814. MĂȘme si le train est apparu en Grande-Bretagne, son invention reste une Ćuvre collective.
 Précocité du projet : époque de Louis Philippe 1er, roi des Français de 1830 à 1848 :
M.PARANDIER, ingĂ©nieur des Ponts et ChaussĂ©es a les faveurs du Conseil GĂ©nĂ©ral pour ses compĂ©tences et son habiletĂ©. IngĂ©nieur, nĂ© Ă Arbois en 1804, il est dĂ©signĂ© par le sous-secrĂ©taire dâĂtat pour mener les Ă©tudes de ce chemin de fer.
En 1830, il est nommé dans le Doubs, à la direction des Ponts et Chaussées. Il écrit son rapport en 1838. Pour démarrer le projet, M. le Préfet demande un crédit au Conseil Général de 2 000 francs.
En 1840, il se formait Ă Besançon et MontbĂ©liard des commissions qui recueillaient des souscriptions. Le Conseil GĂ©nĂ©ral accordait une nouvelle allocation de 2.000 francs. La ville de Besançon et plusieurs autres communes votaient des fonds pour les frais dâĂ©tude.
Le préfet organise un service spécial avec M. PARANDIER :
Courant 1841, Mr le Préfet présente le projet au Conseil Général et au Ministre des Travaux publics.
Dans son Ă©dition du 28 novembre, le journal « lâImpartial » relate : « M. le Sous-SecrĂ©taire dâĂtat au ministĂšre des Travaux publics, dâaprĂšs lâavis formel du Conseil GĂ©nĂ©ral, des Ponts et ChaussĂ©es vient de dĂ©cider la mise aux enquĂȘtes du projet de chemin de fer de Mulhouse Ă Dijon, par la vallĂ©e du Doubs, rĂ©digĂ© par M. PARANDIER. »
Circulaire du préfet du 1er décembre 1841, adressée aux Sous-Préfets et aux Maires.
« Câest aux communes de donner une approbation Ă©clatante au projet en question, câest aux Conseils Municipaux de prouver par lâimportance des sacrifices quâils feront quâils comprennent bien les avantages qui rĂ©sultent pour le pays de lâĂ©tablissement du rail. » Je demande que les Conseils Municipaux des 640 communes du dĂ©partement, prennent la dĂ©libĂ©ration portant :
 – approbation du projet de M. PARANDIER,
 – abandon gratuit des terrains communaux qui se trouveront compris dans le tracĂ©,                       – vote dâune somme qui sera mise Ă ma disposition pour ĂȘtre appliquĂ©e de la maniĂšre la plus utile Ă lâĂ©tablissement du chemin de fer. Elle devra ĂȘtre proportionnelle aux ressources de chaque commune et Ă son intĂ©rĂȘt dans lâexĂ©cution du rail way. »
Décision Conseil Municipal de Franois :
Le 22 décembre, il prenait une délibération dans laquelle il approuvait le projet et abandonnait gratuitement les terrains communaux compris dans le tracé du projet.
Le 28 dĂ©cembre, le maire rĂ©unit le Conseil Municipal et rappelle la dĂ©libĂ©ration du 22 dĂ©cembre courant sur lâabandon gratuit des terrains. Il prĂ©cise que, malgrĂ© cette dĂ©cision, le PrĂ©fet a envoyĂ© un courrier en date du 24 dĂ©cembre par lequel il rĂ©clame de la commune une subvention en argent pour grossir les ressources dĂ©partementales et nous faire obtenir plus facilement le chemin de fer. Le Conseil vote Ă lâunanimitĂ© 2 000 Francs. En 1842, le Conseil GĂ©nĂ©ral vote 3 000 francs.
Une loi est promulguée le 11 juin 1842 qui dessine le futur réseau ferré de France :
Ci-dessous carte gĂ©nĂ©rale du tracĂ© de 1845, de ses variantes et du redressement des lignes auxquelles il doit se relier. Variante entre le Doubs et lâOgnon par Recologne, Marnay : ce tracĂ© a Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©, mais nâa pas Ă©tĂ© retenu.

Conseil Municipal de Franois :
Le 29 octobre 1844, le Conseil Municipal, « considĂ©rant que la crĂ©ation de cette communication est trĂšs importante pour le pays, arrĂȘte Ă lâunanimitĂ© ce qui suit :
– supplie le prĂ©fet dâappuyer le projet de M. PARANDIER afin quâil soit adoptĂ©
– vote la somme de 3 000 francs en faveur dudit projet. Cette somme sera prise sur les fonds disponibles de la commune. » Il augmente donc de 1 000 francs la dote faite en dĂ©cembre 1841 mais retire son vote fait Ă la mĂȘme date par lequel il cĂ©dait gratuitement les terrains communaux compris dans le tracĂ© adoptĂ©.
Le 21 juin 1846, Louis-Philippe, roi des français, promulgue la loi relative au chemin de fer de Dijon Ă Mulhouse avec embranchement dâAuxonne sur Gray et de Dole sur Salins-les-Bains.
« Le Ministre des Travaux Publics est autorisĂ© Ă procĂ©der par la voie de la publicitĂ© et de la concurrence, conformĂ©ment aux clauses et conditions du cahier des charges, annexĂ© Ă la prĂ©sente loi, Ă la concession du chemin de fer de Dijon Ă Mulhouse, avec embranchement dâAuxonne sur Gray ». Dans ce document, il est stipulĂ© que « ⊠le chemin de fer aura deux voies sur tout son dĂ©veloppement. »
Septembre 1849Â :
Le Conseil GĂ©nĂ©ral Ă©met de maniĂšre plus pressante le vĆu que le gouvernement fasse entreprendre le chemin de fer pour ranimer lâactivitĂ© industrielle. Mais dans la situation du trĂ©sor, il nâest pas possible de commencer de nouvelles lignes.
Année 1851 :
Dans son budget, le Conseil GĂ©nĂ©ral propose de prendre part pour une somme de 300 000 francs dans la souscription que la Compagnie, composĂ©e de constructeurs, propriĂ©taires et nĂ©gociants, vient dâouvrir, afin dâaider Ă la formation du capital et contribuer Ă lâaboutissement du projet.
Le 12 fĂ©vrier 1852, Louis-NapolĂ©on, alors PrĂ©sident de la RĂ©publique Française, dĂ©crĂšte : « ⊠le Ministre des Travaux Publics est autorisĂ© Ă concĂ©der directement le chemin de fer de Dijon Ă Besançon, avec embranchement sur Gray aux clauses et conditions du cahier des chargesâŠÂ »
Le cahier des charges précise :
« Art 1 : les travaux de la ligne de Dijon Ă Besançon devront ĂȘtre terminĂ©s dans le dĂ©lai de trois annĂ©es au plus tard,
Art 7 : les terrains seront acquis et les travaux dâart seront exĂ©cutĂ©s immĂ©diatement pour deux voies ; les terrassements pourront ĂȘtre exĂ©cutĂ©s et les rails pourront ĂȘtre posĂ©s pour une voie seulement, sauf lâĂ©tablissement dâun certain nombre de gares dâĂ©vitement.
Art 9 : le nombre, lâĂ©tendue et lâemplacement des gares dâĂ©vitement seront dĂ©terminĂ©s par lâadministration. »
Le 14 fĂ©vrier 1852, le journal lâImpartial Ă©crit :
« La question du chemin de fer de Dijon Ă Besançon est rĂ©solue. De nombreux actionnaires formant la Compagnie Bisontine sont concessionnaires de lâentreprise. Ils ont traitĂ© Ă forfait pour 16 millions de francs et se sont engagĂ©s Ă terminer les travaux en trois annĂ©es. La ligne projetĂ©e est celle du tracĂ© annexĂ© Ă la loi de 1846. »
Le Conseil Municipal ne peut voter des actions faute de ressources suffisantes. Le 20 mai 1852, il est convoquĂ© afin de voir si la commune de Franois peut sâassocier Ă lâentreprise de chemin de fer de Besançon Ă Dijon. La commune nâayant pas les fonds disponibles est dans lâimpossibilitĂ© de voter des actions pour lâentreprise.
Les terrains :
En juin 1852, la commune retient un expert qui, conjointement avec le reprĂ©sentant de la compagnie, M. Lacroix, devra estimer tous les terrains cĂ©dĂ©s qui doivent ĂȘtre occupĂ©s par le chemin de fer. Il conviendra ensuite de passer acte authentique de la concession afin de faire verser le montant du prix de lâestimation des terrains et des bois qui existent.
Le 18 avril 1853, suite Ă la confection de nouvelles tranchĂ©es dans la perspective de lâĂ©largissement de la ligne de chemin de fer, les corps des chĂȘnes seront Ă©quarris pour ĂȘtre employĂ©s Ă la construction du beffroi de lâĂ©glise de Franois et Ă diverses rĂ©parations des bĂątiments communaux.
Le 8 novembre 1856, huit ouvriers du chemin de fer demandent une part dâaffouage. Ă plusieurs reprises, ils reviennent Ă la charge et essuient un refus de la part des Ă©lus. Le 6 juin 1861, par dĂ©libĂ©ration, le Conseil Municipal persiste dans sa maniĂšre dâagir, pour plusieurs motifs :
« – Ils sont Ă©trangers Ă la commune, en ce sens quâils appartiennent exclusivement Ă l’administration des chemins de fer et que par ce motif, la commune ne pourra obtenir dâeux aucune corvĂ©e,
– Quant Ă ceux qui ont leur domicile dans la commune, aucun dâeux nâest pourvu dâun bail Ă loyer enregistrĂ©, quâil est mensuel et non annuel et que jusquâĂ prĂ©sent, ils nâont participĂ© Ă aucune charge de la commune.
– Enfin quant Ă ceux qui ont leur domicile sur la voie ferrĂ©e, le Conseil Municipal considĂšre quâils se trouvent dans la mĂȘme position que ceux qui sont domiciliĂ©s dans la commune mĂȘme, dĂ©cide Ă lâunanimitĂ© quâil y a lieu de leur refuser leur portion dâaffouage. »
Cette affaire se terminera au tribunal. Ses conclusions n’ont pas Ă©tĂ© retrouvĂ©es.
Lâaboutissement :
Sur le fronton de la gare Ă la façade similaire aux suivantes (Dannemarie, etc..), est indiquĂ©e la date de 1854. La halte est prĂȘte et la ligne sera opĂ©rationnelle prochainement.
Les gares :
Les stations principales se trouvent naturellement fixĂ©es par la position des villes et points importants tels que Mulhouse, MontbĂ©liard, Clerval, Besançon et par nĂ©cessitĂ© de placer Ă des distances de 35 Ă 50 Km, des haltes oĂč les machines peuvent ĂȘtre approvisionnĂ©es en eau et en combustible, voire remplacĂ©es si besoin.
En second ordre, elles sont placĂ©es au point de croisement du railway avec les chemins de grande communication. Ă Franois, celui de Jallerange Ă Besançon passait Ă cĂŽtĂ© de la gare, avant dâĂȘtre dĂ©placĂ© lors de la suppression du passage Ă niveau. La dĂ©viation a Ă©tĂ© mise en service le 17 octobre 1961.
Elles se composent de bureaux de perception, de salles dâattente, de logements de garde, dâune halte qui servira en mĂȘme temps de gare dâĂ©vitement et de stationnement pour les convois Ă diffĂ©rentes vitesses, dâun magasin pour le chargement de marchandises, avec une dĂ©rivation spĂ©ciale destinĂ©e Ă cet objet, dâune remise pour les locomotives de relais et pour les voitures et wagons supplĂ©mentaires.
Les barriÚres mobiles :
Pour les routes royales et dĂ©partementales, elles seront en fer et auront 1,50 Ă 2 m de hauteur. Celles pour les chemins vicinaux peu frĂ©quentĂ©s seront en bois et se composeront dâune simple traverse portant sur des roulettes pour en faciliter le mouvement horizontal.
Le 18 février 1856 :
Une visite de la nouvelle ligne est organisĂ©e. Le journal lâImpartial rapporte :
« Les travaux du chemin de fer de Besançon Ă Dole ont Ă©tĂ© visitĂ©s hier dimanche sur toute la ligne, par un grand nombre dâingĂ©nieurs, de fonctionnaires et dâinvitĂ©s. Cette premiĂšre visite Ă©tait dirigĂ©e par lâingĂ©nieur M. Vernis. Les jolies stations de Franois et de Dannemarie ont Ă©tĂ© dĂ©passĂ©es en 20 minutes ; la demi-heure nâĂ©tait pas dĂ©passĂ©e, quand la station de St Vit a Ă©tĂ© atteinte. »
Le 7 avril 1856Â :
On peut lire dans le journal citĂ© prĂ©cĂ©demment : « Entre Paris et notre ville, la locomotion par voie de fer est aujourdâhui complĂštement Ă©tablie. Il y a maintenant 3 lieues dâici Ă Dijon. La distance de Besançon Ă Dole est dâune heure et demi. Câest ce que lâon a vĂ©rifiĂ© hier, jour de lâouverture de la section de Dole Ă Besançon. Le convoi dâhonneur du 6 avril a emportĂ© de Besançon Ă Dole 4 Ă 500 invitĂ©s ». La veille, le journal avait publiĂ© les horaires du chemin de fer de Dijon Ă Besançon, avec la mention « service Ă dater du 7 avril 1856. »

Le recensement de 1856 donne le nom du premier chef de gare : M. Ferréol DUMONT et des personnels : M. François VENVIN chef employé à la gare, M. Charles Clément PERROT et Jean Pierre SEGUIN chefs gardes barriÚres.
Le Conseil Municipal de Franois et les difficultés pour se faire indemniser :
Certes, la ligne est en service, mais en septembre 1857 la compagnie, par le ministĂšre de M. LACROIX, nâa pas payĂ© intĂ©gralement le prix dâachat qui reste depuis environ 5 ans, « soit une somme de 1.500 francs dont la compagnie nâa payĂ© ni intĂ©rĂȘt, ni capital ; en outre, elle sâest appropriĂ©e dâautres terrains soit pour lâĂ©largissement dâune tranchĂ©e, soit pour la confection de chemins indispensables, terrains dont elle jouit et pour lâachat desquels la commune nâa pas reçu un seul denier. » Aussi le Maire demande au prĂ©fet de forcer juridiquement la compagnie de chemin de fer Ă passer acte authentique devant qui de droit pour la vente du terrain en question et de mettre ces messieurs en demeure de payer Ă la commune, capitaux et intĂ©rĂȘts.
Dans la suite de la dĂ©marche, le Maire soumet au conseil le dĂ©compte arrĂȘtĂ© entre lui et le reprĂ©sentant de la compagnie, lequel dĂ©compte Ă©tablit que le terrain occupĂ© jusquâĂ ce jour prĂ©sente une surface de 7 ha 46 ares 42 centiares. Le prix convenu est de 1 800 francs / ha.
La compagnie PLM (Paris Lyon Marseille), créée le 11 juillet 1857, a rachetĂ© les petites compagnies. En juillet 1860, elle demande Ă acquĂ©rir dans la forĂȘt communale de Franois, en face de la gare, un terrain dâune contenance de 37 centiares pour construire un abri pour voyageurs.
La ligne Besançon âBourg-en- Bresse
Cette mĂȘme annĂ©e 1860, elle est en cours dâexĂ©cution entre Lons-le-Saunier et Mouchard sur 49,87 kms. Six cents ouvriers y travaillent. Le Conseil dâarrondissement de Besançon Ă©met le vĆu que le point de jonction de ce chemin de fer soit le plus rapprochĂ© de Besançon.
En 1861, le projet soumis comporte le raccordement Ă Franois.

Toujours des difficultés pour se faire indemniser :
Des tranchĂ©es sont ouvertes dans le bois pour Ă©tude du chemin de fer de Bourg-en-Bresse Ă Besançon. Des discussions sur les indemnitĂ©s Ă recevoir par la commune nâaboutissent pas et un expert est nommĂ©. Suite est donnĂ©e par lâingĂ©nieur en chef qui souhaite se rendre sur les lieux avec M. le Garde GĂ©nĂ©ral et le Maire de Franois pour un arrangement Ă l’amiable. Finalement, faute dâentente, des experts sont nommĂ©s le 3 fĂ©vrier 1862.
DĂšs 1863, on a procĂ©dĂ© Ă la prĂ©paration dâune seconde voie entre Franois et Besançon.
En septembre 1864, le Maire informe le Conseil que le pont au passage de chemin de fer lieu-dit « Champ de la vache » prĂ©vu initialement Ă 1,50 m a Ă©tĂ© Ă©largi au moment de lâexĂ©cution et que de ce fait une voiture Ă cheval peut y passer, avantage que lâon peut tirer de cet Ă©largissement pour le hameau de la route, pour lâexploitation des coupes de bois.
En 1864Â :
La ligne Besançon – Arc et Senans et Lons-Le-Saunier â Bourg-en-Bresse est ouverte sur une longueur de 154 km120. La ligne entiĂšre de Bourg-en-Bresse Ă Besançon a Ă©tĂ© mise en exploitation le premier aoĂ»t 1865.
 1866 : lâaccident :
Un grave accident survenu le 23 décembre est relaté par le Figaro dans son édition du 26 décembre. La note suivante a été adressée par la préfecture du Doubs au Courrier Franc-Comtois :
« Un épouvantable accident est arrivé hier, vers six heures du soir sur le chemin de fer, entre la gare de Dannemarie et celle de Franois, à deux kilomÚtres de cette derniÚre. Le train de voyageurs parti de Besançon à cinq heures et demie du soir, a rencontré en pleine voie un train de marchandises qui arrivait en sens inverse. Il en est résulté un choc effroyable, dans lequel plusieurs voyageurs ou employés ont été tués sur le coup. »
Un voyageur est mort en arrivant Ă l’hĂŽpital de Besançon, 20 voyageurs ou employĂ©s ont Ă©tĂ© blessĂ©s, dont 5 trĂšs griĂšvement. Cinq voyageurs des environs sont morts, ainsi que 6 militaires et 3 employĂ©s. On ne compte pas de femme parmi les dĂ©funts.
Cet accident est attribuĂ© Ă l’inexplicable oubli du sous-chef de gare de Franois qui, bien que prĂ©venu de l’arrivĂ©e du train de marchandises qui devait croiser Ă sa gare le train de voyageurs, a fait partir ce dernier avant l’arrivĂ©e en gare du convoi de marchandises en retard de quelques minutes.
M. le procureur gĂ©nĂ©ral, M. le procureur impĂ©rial et M. le juge d’instruction se sont transportĂ©s sur les lieux aussitĂŽt qu’ils ont eu connaissance de l’accident et, aprĂšs investigation ont fait arrĂȘter le sous-chef de gare de Franois.
Les premiers secours sont arrivĂ©s du hameau de la FĂ©lie, Ă proximitĂ© du théùtre de l’accident. AussitĂŽt la nouvelle parvenue Ă Besançon, les autoritĂ©s se sont transportĂ©es Ă la gare et Ă Franois. Les mesures ont Ă©tĂ© prises pour faire donner aux blessĂ©s tous les soins nĂ©cessaires.
Les mĂ©decins de la ville ont prĂȘtĂ© leur concours en se rendant Ă l’hĂŽpital, oĂč une salle spĂ©ciale avait Ă©tĂ© prĂ©parĂ©e d’urgence. Dans ces tristes circonstances, chacun a fait preuve d’un dĂ©vouement qui ne fait jamais dĂ©faut en Franche-ComtĂ©. Les personnes dĂ©cĂ©dĂ©es ont Ă©tĂ© transportĂ©es Ă l’hĂŽpital de Besançon pour ĂȘtre reconnues.
On comprendra, qu’en prĂ©sence dâune telle catastrophe, nous nous abstenions de tous commentaires.
Le sous-chef de gare sera condamné à de la prison et à une amende et la compagnie déclarée civilement responsable
Les travaux continuent :
Le 11 aoĂ»t 1867, la compagnie de chemin de fer de Paris-Lyon acquiert cinq ares nĂ©cessaires Ă lâĂ©tablissement dâune maison de garde.
La deuxiÚme voie :
En 1869, le Conseil GĂ©nĂ©ral Ă©met le vĆu que la compagnie de chemin de fer soit mise en demeure dâexĂ©cuter une seconde voie entre Dole et Belfort. La pose de la deuxiĂšme voie entre Dole et Franois a Ă©tĂ© achevĂ©e et livrĂ©e Ă la circulation le 14 fĂ©vrier 1876.
Les demandes du Conseil Municipal :
Lors du conseil du 8 aoĂ»t 1875, le Maire a exposĂ© que la station de Franois Ă©tait la seule de lâembranchement de Dijon Ă Belfort qui ne soit pas ouverte au transport de marchandises. Lâessentiel de lâargumentaire dĂ©veloppĂ© par ailleurs, nous donne des Ă©lĂ©ments sur lâactivitĂ© locale :
« Franois et les villages de Serre, PouillĂ©s-les-Vignes et Chemaudin reprĂ©sentent prĂšs d’un cinquiĂšme de la population rĂ©unie des 44 communes reprĂ©sentant le canton dâAudeux âŠ
En raison du mouvement gĂ©nĂ©ral des transactions qui va toujours croissant, cet inconvĂ©nient sâaccentue chaque annĂ©e davantage, paralyse et tend Ă annihiler le dĂ©veloppement industriel du pays qui se livre Ă la fabrication de fromages, au commerce du bois, des vins, du bĂ©tail, des grains et des fourrages.
Quâil existe dans le voisinage les moulins dâAvanne, les tuileries et les briqueries de Serre et Chemaudin, les gisements de plĂątre de Champvans, les carriĂšres de pierres de construction de M. JOLY, toutes industries qui restent stationnaires et insuffisamment exploitĂ©es comme Ă©tant privĂ©es de dĂ©bouchĂ©s que leur procurerait la crĂ©ation dâune gare de marchandises Ă Franois.
La station de Franois est placĂ©e sur les parcours des chemins de grande communication N°43, de Jallerange Ă Besançon, Ă proximitĂ© du chemin dâintĂ©rĂȘt communal N° 29 de St Vit Ă Voray, Ă la bifurcation des lignes de chemin de fer de Lyon et Paris lui donnant un accĂšs facile dans les vignobles du Jura et de Bourgogne. La gare est entourĂ©e de terrains libres, la commune offrant gratuitement lâespace nĂ©cessaire. » La mĂȘme demande argumentĂ©e est rĂ©itĂ©rĂ©e au dĂ©but des annĂ©es 1880 ».
Année 1886 :
Demande de crĂ©ation dâun quai dâembarquement Ă la gare de Franois pour la « Petite Vitesse » rĂ©servĂ©e aux trains de marchandises. Les arguments prĂ©cĂ©dents sont repris et dâautres sâajoutent, tels que : « Serre-les-Sapins, Franois, Chemaudin ont des terrains particuliĂšrement favorables Ă la production de betteraves, que cette culture est trop restreinte faute dâĂ©coulement, que si la gare Ă©tait ouverte aux marchandises en Petite Vitesse, la betterave serait en grand cultivĂ©e pour lâusine de Roche-lez-BeauprĂ©, que les communes produisent pour le commerce une quantitĂ© considĂ©rable de fourrage, que Franois en vend au moins 4.000 quintaux dans les annĂ©es ordinaires, quâĂ Chateaufarine, situĂ© Ă 1 Km de la gare, rĂ©side un reprĂ©sentant de 90 maisons de commerce tant en France quâĂ lâĂ©tranger. »
Août 1890 : extrait du Conseil Municipal :
« Les communes notamment de Franois, Chemaudin, Serre-les-Sapins, Pouilley- les- Vignes et toutes celles du canton dâAudeux, bien que voisines de la gare de Franois Ă©prouvent une trĂšs grande gĂȘne, suite du dĂ©faut dâune gare de marchandise Ă cette derniĂšre station. Les approvisionnements de toute nature ne peuvent ĂȘtre reçus que par grande vitesse. Les expĂ©ditions de denrĂ©es et produits de toutes sortes ne peuvent ĂȘtre donc faites depuis Franois, mais seulement depuis les gares de Besançon ou de Dannemarie. Les habitants ont donc le plus haut intĂ©rĂȘt Ă obtenir la crĂ©ation dâune halle de marchandises Ă Franois.
LâĂ©tablissement des salines Ă Serre-les-Sapins et Ă Pouilley- les- Vignes rend cette crĂ©ation de plus en plus urgente. En consĂ©quence le Conseil Municipal Ă©met le vĆu quâune halle de marchandises soit créée Ă Franois. »
Suite Ă ce vĆu, le Ministre a fait connaĂźtre que la crĂ©ation demandĂ©e ne pourrait ĂȘtre accordĂ©e quâautant que si les communes intĂ©ressĂ©es contribuent Ă la dĂ©pense. La commune de Franois a dĂ©clarĂ© ne pouvoir consentir aucun sacrifice.
Janvier 1893Â :
« La station de Franois est la seule qui, sur lâembranchement de Dijon Ă Belfort, ne soit pas ouverte Ă la petite vitesse, que le village de Franois et les villages voisins de Chemaudin, Serre-les-Sapins, Pouilley les Vignes, Pelousey, Champagney, Champvans, Vaux les PrĂ©s, Mazerolles, Villers-Buron reprĂ©sentent plus du tiers de la population du canton dâAudeux.
La construction, en 1893 du pont Ă bascule reliant Avanne Ă Aveney, ainsi que les villages de Busy, VergĂ©s, Larnod, Pugey, Chenecey Ă proximitĂ© de la gare de Franois, que lâinconvĂ©nient qui rĂ©sulte de lâabsence dâune gare de marchandises, se fait sentir de plus en plus en raison du mouvement gĂ©nĂ©ral des transactions qui sâaccentue chaque annĂ©e.
Chateaufarine et Chemaudin comptent des nĂ©gociants importants pour le commerce des grains et du fourrage, que beaucoup dâindustries souffrent, faute de cet Ă©tablissement, telles que tuileries, moulins, gypseries, salines. Que les communes ont des terres propres Ă la culture de la betterave et de la pomme de terre pour distillerie, que ces cultures sont restreintes faute de moyens dâĂ©coulement. »
Mars 1893 : Le Maire est priĂ© par le Conseil Municipal de faire la dĂ©marche dâaller trouver M. Le Ministre des Travaux publics pour lui expliquer lâurgence de cette gare et vote une indemnitĂ© pour frais de voyage. En juillet, la compagnie demande Ă la commune quelle serait la somme quâelle donnerait Ă la compagnie pour lui Ă©tablir une voie de dĂ©bord. Vote de 4.000 francs payĂ©e dans les 6 mois qui suivront la dĂ©cision de la compagnie PLM.(Paris Ă Lyon et Ă la MĂ©diterranĂ©e.)
Juillet 1912Â :
En vue de la construction dâune gare Ă Petite Vitesse, la commune abandonne Ă la compagnie PLM lâemplacement du terrain, mais se rĂ©serve le bois existant.
Août 1912 :
ConformĂ©ment aux pourparlers engagĂ©s avec la compagnie PLM au sujet de lâĂ©tablissement dâune gare de marchandise, la compagnie exĂ©cutera aux frais de lâadministration de la guerre les terrassements utiles pour lâexĂ©cution de la gare, la commune cĂ©dant les terrains nĂ©cessaires, soit 86 ares 47 centiares, dans la forĂȘt communale, au lieu-dit « Au bois ».
Septembre 1913Â :
La compagnie PLM fait part de son projet et des coûts engendrés par cette création, les financements pris en charge par la commune. La gare de Franois établie au point kilométrique 398 km 889 de la ligne de Dijon à Belfort serait ouverte aux marchandises Petite Vitesse.
Elle comprendrait :
–Â Une cour Petite Vitesse,
– Une voie de service raccordĂ©e aux voies principales Ă chacune de ses extrĂ©mitĂ©s et munie cĂŽtĂ© Dijon dâun cul de sac sĂ©curitĂ©. Une voie de dĂ©bord raccordĂ©e par aiguille Ă la voie de service et terminĂ©e en cul de sac Ă son extrĂ©mitĂ© cĂŽtĂ© Belfort.
– Un quai couvert avec auvent cĂŽtĂ© cour, un quai dĂ©couvert avec rampe dâaccĂšs, un pont Ă bascule de 35 tonnes, un gabarit de chargement. Enfin des signaux et enclenchements pour protĂ©ger les manĆuvres de la gare.
– Les dĂ©blais du terrassement seraient utilisĂ©s pour une gare militaire Ă Besançon (qui nâa jamais vu le jour !).
Année 1914 :
La compagnie consent Ă accepter une provision Ă verser par la commune avant tout commencement de travaux pour lâĂ©tablissement dâune gare Petite Vitesse Ă Franois sous rĂ©serve toutefois que les dĂ©penses rĂ©ellement effectuĂ©es soient ultĂ©rieurement rĂ©glĂ©es.
Le Conseil Municipal est dâavis de maintenir son engagement primitif en vue de lâĂ©tablissement dâune gare Petite Vitesse Ă Franois, câest-Ă -dire de contracter un emprunt de 66.000 francs, remboursable sur 30 ans couverte par des subventions communales se montant Ă 250 francs, non compris celle de Serre-les-Sapins qui se calculera sur un accord entre les deux communes, en proportion de la population, des surtaxes locales, des revenus dâaffouage, des indemnitĂ©s de lâadministration militaire qui a fait des abattis dâarbres.
En 1915, le Conseil Municipal dĂ©cide dâattendre la fin des hostilitĂ©s pour reprendre les pourparlers relatifs Ă la gare.
En 1920, le projet est accepté. Les conditions financiÚres reprécisées et les surtaxes locales redéfinies.
Rapport du Conseil Général du Doubs 1923 :
Il souhaite que les travaux dâinstallation dâune gare de marchandises Ă Franois commencĂ©s avant la guerre soient repris et exĂ©cutĂ©s au plus tĂŽt. En 1924, le projet est acceptĂ© par le Conseil Municipal.
Par sa dĂ©pĂȘche du 15 janvier 1924, le Ministre des travaux publics informe que la compagnie attend pour soumettre Ă son approbation le projet dâĂ©tablissement dâune gare de marchandises Ă Franois, dâĂȘtre en possession dâune dĂ©libĂ©ration du Conseil Municipal de cette commune acceptant les conditions qui lui ont Ă©tĂ© fixĂ©es.
Les conseils municipaux de Chemaudin, Pouilley les Vignes et Champagney lui ont adressé des délibérations portant vote de subventions annuelles à verser pendant 30 ans à la commune de Franois pour la construction de cette gare.
Avril 1927Â :
Les travaux relatifs Ă la crĂ©ation dâune gare Petite Vitesse sont adjugĂ©s. Une provision doit donc ĂȘtre versĂ©e Ă la compagnie. En novembre, il a fallu, pour livrer la gare nouvellement construite, procĂ©der au cylindrage de la cour.
Janvier 1930Â :
Lâinspecteur principal de la compagnie demande lâautorisation dâutiliser la ligne de distribution Ă©lectrique pour amener le courant Ă la station de la gare.
Les incendies :
La circulation des locomotives Ă vapeur Ă travers la forĂȘt provoque des incendies Ă plusieurs reprises : en juillet 1898, en octobre 1919, en avril 1921 en novembre 1922.
En 1925, un projet dâinstallation Ă©lectrique du village de Franois Ă la gare reçoit un accueil favorable, attendu quâil servira aussi Ă lâĂ©clairage des abords de la gare en 1930. LâInspecteur Principal de la compagnie PLM demande lâautorisation dâutiliser la ligne de distribution Ă©lectrique pour amener le courant Ă la station.
La ligne de Besançon-Dole est électrifiée le 10 septembre 1970 et celle de Bourg-en-Bresse le 5 septembre 1995.
Aujourdâhui, le bĂątiment est conservĂ©, certes, mais la gare nâest plus quâune halteâŠ
Sources consultées :
- Archives communales : délibérations,
- Archives départementales,
- Journal lâImpartial, feuille politique, littĂ©raire et commerciale de Franche ComtĂ© – 1829-1852,
- Rapports et délibérations du Conseil Général du Doubs,
- Bulletin des lois de la République,
- Le Figaro,
- Journal des chemins de fer (Ă partir de 1864),
- Cartes et plans de Franche Comté.
Le livre « Bùtiments de chemin de fer », par Pierre Chabat 1866.