Ce bâtiment situé en haut du village, 2 grande Rue, a porté différents noms au cours de son histoire : lieu- dit « le château », la maison curiale, l’ouvroir, le couvent (ce qu’il ne fut jamais !), le juvénat, l’usine.
Aujourd’hui, l’enseigne lumineuse de la pharmacie est un point de repère pour les personnes qui demandent leur chemin.
Ce bâtiment existait déjà à la fin du XVIII° siècle et servait de maison curiale pour loger les curés de Serre, commune qui ne possédait pas de presbytère.
« …cette maison nommée communément le château a servi jusqu’en l’an onze de logement aux précédents curés de Serre. On ne conçoit même pas le motif qui a pu déterminer M. le succursaliste Gras à prendre son habitation dans le village de Serre où il n’existe point de maison curiale, tandis que suivant l’exemple de ses prédécesseurs, il aurait eu un logement commode pour lui et son vicaire ; il aurait été plus rapproché du centre de la paroisse, il aurait procuré un moyen d’économie à la commune de Franois en la dispensant de payer le loyer de la maison qu’il s’est choisie dans le village de Serre. »
Histoire et évolution de la maison curiale
- 1803 : Amodiation de la maison curiale.
Il s’agit d’une maison appartenant à la commune « située au village de Franois appelée le château, avec le jardin, aisances et dépendances, qui touche de levant la rue commune, couchant plusieurs aboutissants, bise le territoire de Serre et de vent Claude François Vuillemey. »
La maison curiale n’étant pas occupée – le curé de Serre refuse de l’habiter- le maire et le Conseil propose de l’amodier en émettant prudemment des réserves en particulier celle de la libérer sur demande du logement d’un curé.
Le contrat de location a été signé le 29 frimaire an XII (21 décembre 1803).
- 1806 : Construction d’une chapelle.
Une chapelle est construite en 1806 aux frais des habitants de Franois car l’église de Serre est trop petite pour accueillir la population des deux villages. Elle est contigüe à la maison curiale.
Le mesurage de la chapelle de Franois donne une superficie de 132 m² : le chœur mesure 3,50 m de longueur sur 8 m de largeur soit 28 m² ; la nef : 13 m de longueur sur 8 m de largeur soit 104m².
- 1807 : Reconnaissance de la chapelle.
A la demande du maire et de l’adjoint pour « faire reconnaître la chapelle de son état, un commissaire nommé par Mgr l’archevêque s’est rendu sur les lieux et a rédigé un rapport très favorable.
« Le premier, il a trouvé la chapelle bien vaste et pourvue de tous les meubles nécessaires à l’exercice du culte, ainsi que des ornements et même les linges et le second qu’il était indispensable de la construire en ce que l’église succursale de Serre n’était plus suffisante pour contenir la population de cette commune qui est de 400 individus et de celle de Franois qui en compose 550. Ce qui fait plus de neuf cents âmes tandis que l’église de Serre pourrait à peine en contenir quatre cents. »
Le conseil décrète que la chapelle érigée dans la commune de Franois sera bénie par M. Claude François Gras succursaliste de Serre et qu’il y sera célébré par lui ou par le vicaire tous les offices divins comme ils les pratiquent dans l’église de Serre.
- 1808 : Logement du vicaire
A la demande du conseil, Mgr l’archevêque autorise le vicaire PICQUARD à loger dans la maison curiale remise en état après le départ des locataires.
« La maison destinée par l’arrêté de M. le préfet du 28 octobre 1807 pour servir de logement à M. le vicaire desservant la chapelle réunit toutes les commodités que l’on ne trouve pas habituellement à la campagne ; elle est composée de deux étages ; celui du rez de chaussée est formé d’une cuisine avec salon et d’une chambre que les habitants ont fait plafonner et boiser ; l’étage supérieur contient trois chambres et une grande salle ; au joignant de la maison est un clos entouré de murs de la contenance d’un journal et demi dont une partie est en nature de verger et l’autre en jardin, le tout peuplé d’arbres fruitiers des meilleures espèces ; une vaste cour dans laquelle sont des bâtiments d’écurie, de remises et d’un colombier forment la totalité de cette maison nommée communément le château .»
- 1826 : Echange Commune /M. Janin de BETONCOURT
Dans le cadre de la construction de l’église au centre du village, la commune et M. JANIN de BETONCOURT échangent le domaine dit « le château » contre la propriété occupée par le presbytère actuel.
« Entre lesquelles parties a été fait l’échange suivant ;
C’est à savoir :
que Monsieur Janin de Betoncourt, cède et transporte parcelles à la Commune de Franois, stipulant et acceptant par le fait de mondit Sieur Corne son Maire la pleine propriété des maison, bâtiment et clos qui lui appartiennent au centre du village de Franois, dont le terrain d’un seul continent est de la contenance de 87 ares 40 centiares …»
« En échange la commune de Franois par le fait de mondit Sieur le Maire cède et transporte à Monsieur Joseph Janin de Betoncourt stipulant et acceptant la pleine propriété d’un clos à l’extrémité du village, de la contenance de 63 ares 70 centiares comprenant une maison servant autrefois de presbytère, d’un petit bâtiment servant de colombier, d’un autre composé d’une petite écurie et hébergeage au-dessus, du côté opposé à ces deux petits bâtiments, une chapelle et trois chambres pour l’instituteur. Ce clos touche de levant la rue ; de couchant les champs appartenant à plusieurs particuliers ; de midi les héritiers de Claude François Vuillemey et de septentrion le territoire de Serre ; estimé au revenu de 100 francs, toutes charges comprises… »
« …. sauf les réserves ci-après à savoir :
…que la Commune jouira de la chapelle ainsi du logement de l’instituteur jusqu’à ce qu’elle puisse prendre possession de la nouvelle église. »
- 1836 : Vente à Virginie MICHEL.
Monsieur Janin de Betoncourt propriétaire rentier et Madame Gabrielle Aimée Dunod de Charnage son épouse qu’il autorise, vendent pour 10 000 francs :
« Une maison située au village de Franois composée de deux corps de logis, principaux, un grand hangar, une écurie, jardin, verger, aisances et dépendances, le tout clos de murs, de la contenance totale d’environ 63 ares 70 centiares touchant la rue de levant, Monsieur Dubard de nord, plusieurs aboutissants de couchant et de midi les héritiers Vuillemey »
« …à Mademoiselle Virginie Michel, propriétaire rentière demeurant à Franois, mineure, sous la tutelle de monsieur Jean Pierre Corne, son oncle propriétaire et maire de ladite commune de Franois où il demeure. »
- 1842 : Vente à Élisabeth JUNOT.
Mr Pierre François Armand Muselier, notaire à Ornans, y demeurant agissant au nom et comme conjoint du pouvoir de Mme Virginie MICHEL son épouse vend à Melle Élisabeth JUNOT, pour la somme de 8 000 francs :
« Une propriété sise au village de Franois composée d’un pavillon de maître, remise et écurie, logement de jardinier, jardin, verger, aisances et dépendances, le tout clos de murs, de la contenance totale d’environ 63 ares 70 centiares, touchant la rue de levant, par derrière plusieurs [propriétaires] et de midi les héritiers ou ayant droit Vuillemey. »
- Après 1842 : Agrandissement du domaine bâti- Pensionnat.
Melle Junot, née en 1802 à Agen, avait fondé un pensionnat et un orphelinat rue St Vincent à Besançon. A la mort de ses parents, elle avait hérité d’une fortune considérable, quitté l’enseignement et transporté son orphelinat à Franois.
« Elle y avait acheté une vaste propriété, à l’extrémité du bourg et y avait construit deux corps de logis, l’un pour elle et l’autre pour ses protégées. Elle dirigeait elle-même son œuvre à Franois avec le concours de 2 collaboratrices, Mesdemoiselles Adèle Gagnerot et Marguerite Milardet. »
- 1846
Le recensement de 1846, nous révèle que Mademoiselle Junot Elisabeth est chef de pension, accompagnée de 5 institutrices, une surveillante, une domestique et un aumônier. Le nombre d’enfants n’est pas mentionné.
- 1856
- Au recensement de cette année -là, elle est dénommée Supérieure accompagnée de 2 institutrices et de 3 domestiques. Le nombre d’enfants n’est pas mentionné, mais c’était 20, selon Mme de GONDRECOURT (lire ci-dessous).
- Sentant ses forces faiblir et voulant assurer l’avenir, É. JUNOT fait appel à Mme de GONDRECOURT qu’elle avait rencontrée quelques années plus tôt. Cette dernière cofondatrice de la Congrégation du saint Cœur de Marie sise à Nancy, part pour Franois le 3 août 1856 pour quelques jours et reçoit, en particulier du cardinal MATHIEU, un accueil très cordial.
Mme de GONDRECOURT estime que « la communauté était assez nombreuse : 20 orphelines, la chapelle jolie, la maison spacieuse. »
Elle promet d’envoyer des sœurs à l’essai pour 1 an et, le 23 septembre 1856, Sœur Mariste Alexis emmène la colonie en Franche Comté. Ce sont Sœur Mariste Joséphine DIEULIN, la supérieure, accompagnée de 4 autres religieuses.
Le 2 octobre, Melle JUNOT cède la conduite des orphelines à leurs nouvelles directrices
- 1861-1862- 1863 : L’ouvroir- projet de reconnaissance légale
- Lors du recensement de 1861, l’établissement est désigné sous le nom d’ « ouvroir» et comprend 7 religieuses du Saint Cœur de Marie et 20 pensionnaires âgées de 9 à 22 ans. Sœur Dieulin en est la Supérieure.
- En septembre 1861, le Conseil d’Administration de la congrégation établie à Nancy demande la reconnaissance légale de l’établissement de son ordre créé il y a quelques années à Franois et l’autorisation d’y faire l’acquisition de l’immeuble appartenant à Melle JUNOT.
- En février 1862, en réponse à une demande du préfet, pour avis, sur le dossier relatif à la demande de reconnaissance légale de l’établissement fondé à Franois par la congrégation du Saint Cœur de Marie et l’autorisation d’acquérir la maison et les dépendances où ledit établissement est déjà installé depuis plusieurs années, l’archevêque donne un avis favorable.
La préfecture désigne le juge de paix du canton d’Audeux pour procéder à une enquête de commodo et incommodo dans la commune de Franois au sujet du projet de la congrégation du Saint Cœur de Marie de Nancy de fonder dans ladite commune de Franois un établissement de religieuses de son ordre dans le but de donner aux jeunes filles une éducation professionnelle et religieuse et d’acquérir dans cette commune la maison de Melle Élisabeth JUNOT.
- Le 28 novembre 1862, le Conseil Municipal donne son adhésion au projet.
- En avril 1863, la reconnaissance légale est accordée
1864 : Vente à 5 religieuses.
Mademoiselle Élisabeth JUNOT propriétaire demeurant à Franois, canton d’Audeux, arrondissement de Besançon, vend pour la somme de 8 000 francs :
– À Madame Clara Marie Caroline de Gondrecourt, dite en religion sœur Clara Marie, supérieure générale de la congrégation du Saint Cœur de Marie de Nancy demeurant à Nancy.
– À Madame Marie Joseph Debuire, dite en religion sœur Marie Hortense.
– À Madame Élise Neumann, dite en religion sœur Marie Aloyse.
– À Madame Marie Joséphine Daerflinger, dite en religion sœur Marie Stéphanie.
– Et à Madame Marie Mader, dite en religion sœur Joseph Marie, religieuse de la même congrégation demeurant à Nancy :
« Une propriété située à Franois, composée d’une maison comprenant deux corps de bâtiments dans l’un desquels existe une chapelle, d’un autre bâtiment servant d’aisances, d’une cour, de jardin et verger, aisances et dépendances, le tout clos de murs, de la contenance d’environ 63 ares 70 centiares, touchant de levant la rue, de couchant plusieurs [propriétaires], de midi les héritiers Vuillemey. »
Mademoiselle JUNOD garde l’usufruit d’une partie de la propriété et émet les réserves suivantes :
« Que du vivant de mademoiselle Junot, les dames acquéreuses ne pourront revendre l’immeuble qu’elles viennent d’acquérir sans son consentement exprès et par écrit.
Que pour le cas où les acquéreuses voudraient revendre cette propriété du vivant de Mademoiselle Junot, celle-ci aura la faculté de la racheter, en remboursant le prix principal de 12 000 francs qu’elle a reçu ainsi qu’il va être expliqué et en payant les frais de la rétrocession.
Et qu’elle aura même la faculté et aux mêmes conditions pour le cas où, toujours de son vivant, cet immeuble qui doit être consacré à une maison d’éducation pour les jeunes filles, changerait de destinataire ou cette œuvre viendrait à cesser. »
- De 1866 à 1901: les seules informations connues sont les recensements.
Les effectifs ont varié au cours des années, de 24 occupants en 1866 à 49 en 1901 (8 religieuses, 2 institutrices privées, 2 chefs et 37 pensionnaires).
- 1903 : Vente Forcée en 1903. Achat par M Henri DELŒUVRE
Suite à une dette non honorée, Madame SOYER Maria en religion sœur Marie-Thérèse, supérieure générale de la Congrégation du Saint Cœur de Marie de Nancy, tant en son nom personnel qu’en celui de ladite congrégation, il est procédé à une vente forcée de la propriété ci-dessous désignée :
Les enchères ont été déclarées ouvertes sur la mise à prix fixée par le poursuivant, soit 5 000 francs.
« Lot unique – Village et territoire de Franois- Une grande et vaste propriété située au village de Franois, cadastrée à la section B, sous les N°196, 197, 198, 199, 200 et 201 du plan cadastral, pour une contenance totale sol des bâtiments ci-après désignés compris de 58 ares 60 centiares comprenant :
- Un grand bâtiment, bâti en pierre, couvert en tuiles élevé sur caves, rez-de-chaussée, 1er étage et 2ème étage mansardé. Ce bâtiment situé à gauche de l’entrée de la propriété saisie a sa façade principale sur la route avec entrée dans la cour.
- Autre grand bâtiment avec façade sur la cour, bâti en pierre, couvert en tuiles, élevé sur caves voûtées et comprenant rez de chaussée, 1er étage et 2ème étage mansardé et grenier.
- Autre bâtiment à gauche du précédent à usage de chapelle.
- Autre bâtiment à usage de bûcher, remises, cabinets d’aisances, jardin potager et d’agrément, verger, aisances et dépendances.
Cette propriété d’un seul tenant entièrement close de murs a son entrée principale sur la route de Franois à Serre les Sapins. »
Par l’intermédiaire de l’avoué M. BILLEY, M. Henri DELŒUVRE d’Abbans -Dessous acquiert le bien pour 15 000 francs.
Il est a noté que la loi de 1904 qui interdit l’enseignement aux congrégations religieuses aurait inévitablement entraîné la fermeture de l’établissement.
- Juin 1908 : Échange de biens entre DELŒUVRE Henri et DELŒUVRE Joseph.
A la suite du partage de biens familiaux, Henri DELŒUVRE échange ses propriétés de Franois contre des biens situés à Abbans -Dessous et Byans appartenant à son frère Joseph, curé de Sornay.
- 1920 : L’école de Notre- Dame du Mont (le juvénat).
En 1920, les locaux sont vendus à M. ENGINGER. L’école de Notre-Dame du Mont est ouverte en octobre 1920. C’est un internat de garçons (juvénat) comprenant soixante élèves en 1924.
- 1935 : Société civile de Notre- Dame du Mont
En 1935, les héritiers de M. ENGINGER constituent une société civile dénommée Société Civile de Notre-Dame du Mont. L’école et l’internat continuent d’accueillir des jeunes garçons.
Le juvénat sera fermé en 1939.
Après une brève réouverture de 1945 à 1954, le bâtiment est vendu en 1955.
- 1955 -1994
D’importantes transformations vont se réaliser car le bâtiment accueillera ensuite diverses industries : une usine textile en 1957, une fabrique de brosses en 1970 suite à l’incendie d’une partie de son usine située rue Pergaud à Besançon, puis d’autres entreprises jusqu’en 1991.
Enfin en 1994, le site est acquis par un promoteur immobilier qui le transforme en logements et locaux tertiaires.
Sources
Titre de l’ouvrage : La Mère Clara de Gondrecourt et la congrégation du Saint Cœur de Marie par l’abbé Eugène Martin (21/11/1894)
Archives départementales : recensements et comptes rendus du Conseil Municipal. Archives notariales.